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Cat lady à l'humour cynique et sarcastique, passionnée de musique (excepté les daubes actuelles), d'histoire, de généalogie et de photographie. Fan du web 2.0, des médias et réseaux sociaux, d'informatique, des nouvelles technologies et de high-tech.

dimanche 29 novembre 2009

L'angoisse


Nature, rien de toi ne m'émeut, ni les champs
Nourriciers, ni l'écho vermeil des pastorales
Siciliennes, ni les pompes aurorales,
Ni la solennité dolente des couchants.
 
Je ris de l'Art, je ris de l'Homme aussi, des chants,
Des vers, des temples grecs et des tours en spirales
Qu'étirent dans le ciel vide les cathédrales,
Et je vois du même oeil les bons et les méchants.
 
Je ne crois pas en Dieu, j'abjure et je renie
Toute pensée, et quant à la vieille ironie,
L'Amour, je voudrais bien qu'on ne m'en parlât plus.
 
Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareille
Au brick perdu jouet du flux et du reflux,
Mon âme pour d'affreux naufrages appareille.

 
Paul Verlaine, Poèmes saturniens (1866)

Il bacio


Baiser! rose trémière au jardin des caresses!
Vif accompagnement sur le clavier des dents
Des doux refrains qu'Amour chante en les coeurs ardents
Avec sa voix d'archange aux langueurs charmeresses!
 
Sonore et gracieux Baiser, divin Baiser!
Volupté nonpareille, ivresse inénarrable!
Salut! l'homme, penché sur ta coupe adorable,
S'y grise d'un bonheur qu'il ne sait épuiser.

Comme le vin du Rhin et comme la musique,
Tu consoles et tu berces, et le chagrin
Expire avec la moue en ton pli purpurin…
Qu'un plus grand, Goethe ou Will, te dresse un vers classique.
 
Moi, je ne puis, chétif trouvère de Paris,
T'offrir que ce bouquet de strophes enfantines:
Sois bénin et, pour prix, sur les lèvres mutines
D'Une que je connais, Baiser, descends, et ris.

 
Paul Verlaine, Poèmes saturniens (1866)

Marine


L'Océan sonore
Palpite sous l'œil
De la lune en deuil
Et palpite encore,
Tandis qu'un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D'un long zigzag clair,
Et que chaque lame
En bonds convulsifs
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,
Et qu'au firmament,
Où l'ouragan erre,
Rugit le tonnerre
Formidablement.

 
Paul Verlaine, Poèmes saturniens (1866)

Lisa


Une chanson magnifique écrite par Jean-Jacques Goldman, tirée de la bande originale du film L'union sacrée.

C'est en souvenir de ce film que j'ai pris le pseudo Lisa... ;-)

Pour faire le portrait d'un oiseau


Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
C'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucment
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.


Jacques Prévert, Paroles (1949)

Chanson dans le sang



Il y a de grandes flaques de sang sur le monde
où s'en va-t-il tout ce sang répandu
Est-ce la terre qui le boit et qui se saoule
drôle de saoulographie alors
si sage… si monotone…
Non la terre ne se saoule pas
la terre ne tourne pas de travers
elle pousse régulièrement sa petite voiture ses quatre saisons
la pluie… la neige…
le grêle… le beau temps…
jamais elle n'est ivre
c'est à peine si elle se permet de temps en temps
un malheureux petit volcan
Elle tourne la terre
elle tourne avec ses arbres… ses jardins… ses maisons…
elle tourne avec ses grandes flaques de sang
et toutes les choses vivantes tournent avec elle et saignent…
Elle elle s'en fout
la terre
elle tourne et toutes les choses vivantes se mettent à hurler
elle s'en fout
elle tourne
elle n'arrête pas de tourner
et le sang n'arrête pas de couler…
Où s'en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des meurtres… le sang des guerres…
le sang de la misère…
et le sang des hommes torturés dans les prisons…
le sang des enfants torturés tranquillement par leur papa et leur maman…
et le sang des hommes qui saignent de la tête
dans les cabanons…
et le sang du couvreur
quand le couvreur glisse et tombe du toit
Et le sang qui arrive et qui coule à grands flots
avec le nouveau-né… avec l'enfant nouveau…
la mère qui crie… l'enfant pleure…
le sang coule… la terre tourne
la terre n'arrête pas de tourner
le sang n'arrête pas de couler
Où s'en va-t-il tout ce sang répandu
le sang des matraqués… des humiliés…
des suicidés… des fusillés… des condamnés…
et le sang de ceux qui meurent comme ça… par accident
Dans la rue passe un vivant
avec tout son sang dedans
soudain le voilà mort
et tout son sang est dehors
et les autres vivants font disparaître le sang
ils emportent le corps
mais il est têtu le sang
et là où était le mort
beaucoup plus tard tout noir
un peu de sang s'étale encore…
sang coagulé
rouille de la vie rouille des corps
sang caillé comme le lait
comme le lait quand il tourne
quand il tourne comme la terre
comme la terre qui tourne
avec son lait… avec ses vaches…
avec ses vivants… avec ses morts…
la terre qui tourne avec ses arbres… ses vivants… ses maisons…
la terre qui tourne avec les mariages…
les enterrements…
les coquillages…
les régiments…
la terre qui tourne et qui tourne et qui tourne
avec ses grands ruisseaux de sang.


Jacques Prévert, Paroles

L'avenir est un long passé


En 1999, Manau avait sorti cette chanson… Je ne sais pas si elle est très connue, mais à l'époque, elle m'avait interpellée…


Une pupille noire entourée de blanc.
Le visage fatigué braqué sur un lieutenant.
L'ordre sera donné dans quelques instants.
Deuxième assaut de la journée et Marcel attend.
Il a placé au bout de son fusil une baïonnette
Pour lutter contre une mitraillette de calibre 12.7.
Près de sa tranchée, placés à 20 ou 30 mètres,
La guerre des bouchers, nous sommes en 1917.
Tant de journée qu'il est là!
A voir tomber des âmes.
Tant de journées déjà passées sur le chemin des dames.
Marcel sent que la fin a sonné.
Au fond de sa tranchée, ses mains se sont mises à trembler.
L'odeur de la mort se fait sentir,
Il n'y aura pas de corps à corps, il sent qu'il va bientôt mourir.
Comment un homme peut-il accepter d'aller au combat?
Et quand il sent au fond de lui qu'il ne reviendra pas.
L'homme est-il un animal?
Comme à cette époque le mal est déjà caporal.
La main du lieutenant doucement vers le ciel s'est levée.
La suite, l'avenir est un long passé.

Une pupille noire entourée de blanc.
Le visage ciré, son regard est terrifiant.
Placés à quelques pas de là, des Allemands.
1944, Jean-Marc est un résistant.
Il a eu pour mission de faire sauter un chemin de fer.
Lui qui n'est pas homme d'action est devenu maître de guerre.
Après le cyclone qui frappa sa mère et son père d'une étoile jaune,
Idée venue droit de l'enfer.
Tant d'années passées à prendre la fuite.
Tant de journées consacrées à lutter contre l'antisémite.
Jean-Marc sait qu'il n'a plus de recours.
Le câble qu'il a placé pour faire sauter le train est bien trop court.
La mort se fait sentir, mais il n'a pas de remords, comment le définir?
C'est la nature de l'homme qui l'a poussé à être comme ça.
Se sacrifier pour une idée, je crois qu'on ne résiste pas.
Le mal est maintenant général,
De toutes les forces armées occultes de la mauvaise époque de l'Allemagne.
Au loin le train s'approche et l'on peut distinguer sa fumée.
La suite, l'avenir est un long passé.
 
Une pupille noire entourée de blanc.
C'est ce que je peux voir devant la glace à présent.
Je viens de me lever, il y a quelques instants.
C'est difficile à dire à fond ce que je ressens.
Après la nuit que j'ai passé, dur à été mon réveil.
A tout ce que j'ai pu penser avant de trouver le sommeil.
A toutes ces idées qui m'ont causé que des problèmes.
La réalité et toutes ces images de haine.
Tant d'années passées à essayer d'oublier.
Tant de journées cumulées et doucement il s'est installé.
Je me suis posé ce matin la question.
Est-ce que tout recommence, avons-nous perdu la raison
Car j'ai vu le mal qui doucement s'installe sans aucune morale?
Passer à la télé pour lui est devenu normal.
Comme à chaque fois avec un nouveau nom.
Après le nom d'Hitler, j'ai entendu le nom du front.
Et si l'avenir est un long passé,
Je vous demande maintenant ce que vous en pensez.
Comme Marcel et Jean-Marc ma vie est-elle tracée?
La suite, l'avenir est-il un long passé?

Je vous demande ce que vous en pensez.
Verrai-je un jour le mal à l'Elysée.
La France est-elle en train de s'enliser.
L'avenir est-il un long passé?